Bourse : les valeurs bancaires ont un nouveau souffle
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Portées par le retour des taux d’intérêt positifs et des bilans solides, les grandes banques européennes signent une performance boursière éclatante. Ce regain de forme, après des années de purgatoire, semble s’inscrire dans la durée, au grand bonheur des investisseurs.
Après des années à traîner leur réputation d’actifs peu attrayants, les titres bancaires européens connaissent un spectaculaire retournement de tendance. Depuis le début de l’année, les actions de mastodontes du secteur, comme BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole, affichent des envolées allant de 20 à 50 %. Le phénomène ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone : Unicredit en Italie, Santander en Espagne ou encore Commerzbank en Allemagne surfent eux aussi sur cette vague haussière, avec des gains similaires. Une renaissance qui intrigue autant qu’elle enthousiasme les marchés financiers.
Un changement de climat monétaire
Pour comprendre cette nouvelle ferveur autour des valeurs bancaires, il faut remonter à la transformation du paysage monétaire européen. Entre la crise financière de 2008 et celle du Covid en 2020, les établissements bancaires ont vu leurs marges d’intérêt comprimées par des taux directeurs historiquement bas, voire négatifs. Cette politique ultra-accommodante, dictée par les Banques centrales pour relancer l’économie, a fortement pénalisé la rentabilité du secteur.
Mais le choc inflationniste survenu à partir de 2021 a changé la donne. Face à la flambée des prix, les institutions monétaires ont été contraintes de relever leurs taux. Ce retour à des taux positifs constitue une véritable bouffée d’oxygène pour les banques, leur permettant de regagner en rentabilité sur leurs activités traditionnelles de crédit.
Des fondamentaux revus à la hausse
La nouvelle attractivité du secteur ne repose pas uniquement sur le contexte monétaire. « Les banques européennes affichent aujourd’hui une rentabilité comparable, voire supérieure, à celle de leurs concurrentes anglo-saxonnes, tout en étant nettement moins valorisées », souligne Olivier Cornuot, directeur de la gestion collective chez Matignon Finances.
À cela s’ajoute un renforcement considérable de leurs bilans, sous l’effet des réglementations post-crise qui ont durci les exigences en matière de solvabilité et de liquidité. Résultat : les grandes banques disposent désormais de capitaux excédentaires, qu’elles peuvent redistribuer généreusement à leurs actionnaires, que ce soit par des dividendes ou des rachats d’actions.
Pour les investisseurs en quête de rendement, le secteur bancaire redevient ainsi un eldorado : les prévisions tablent sur des rendements annuels moyens oscillant entre 8 et 10 % sur les trois prochaines années. Une performance alléchante à une époque où la volatilité boursière incite à privilégier les valeurs stables et généreuses.
Une valorisation encore modeste
Malgré leur récente ascension, les banques européennes restent valorisées à des niveaux jugés raisonnables. Leurs actions se négocient en moyenne entre 8 et 9 fois leurs bénéfices estimés pour 2025, ce qui représente une décote de l’ordre de 30 à 40 % par rapport au marché dans son ensemble. Autrement dit, il reste du potentiel.
Les analystes anticipent donc une poursuite de la dynamique haussière. « Le gros du rattrapage est peut-être passé, mais la tendance reste porteuse, notamment sur un horizon de moyen à long terme », analyse un gérant de portefeuille. D’autant plus que les perspectives de consolidation du secteur pourraient apporter une dimension spéculative supplémentaire.
Vers de nouvelles alliances ?
Preuve que l’heure est aussi à la recomposition du paysage bancaire, la Banque centrale européenne a récemment donné son feu vert à Unicredit pour monter à près de 30 % du capital de Commerzbank. Ce type d’opération pourrait se multiplier, créant de nouveaux géants bancaires paneuropéens capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
En somme, les banques européennes ne sont plus les vilains petits canards de la cote. Leurs résultats robustes, leur capacité à rémunérer les actionnaires et un contexte plus favorable font d’elles des candidates sérieuses pour figurer dans les portefeuilles des investisseurs avertis. Après des années de traversée du désert, elles pourraient bien avoir entamé un nouveau cycle de prospérité.