L’Allemagne face à l’urgence de réformer son modèle économique
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Le modèle économique allemand, longtemps considéré comme un exemple de réussite, montre aujourd’hui des signes d’essoufflement. Le secteur manufacturier, pilier des exportations allemandes, perd en compétitivité et enregistre des résultats en forte baisse. Entre 2017 et 2023, sa part dans la valeur ajoutée globale a chuté de 10 %, une contraction qui alarme les acteurs économiques. Les géants industriels comme Mercedes-Benz et Volkswagen ont annoncé des profits en chute libre, respectivement de 54 % et 64 % au troisième trimestre. Les causes de cette crise sont multiples et appellent à une révision en profondeur du modèle allemand.
Un retard technologique et des coûts élevés
Premièrement, l’Allemagne accuse un retard technologique, notamment dans le domaine des véhicules électriques, malgré une robotisation industrielle encore élevée (400 robots pour 10 000 employés, soit le double de la France). Deuxièmement, le coût de la main-d’œuvre pèse lourdement sur la compétitivité : une heure de travail dans l’industrie revient à 50 euros, charges sociales incluses, contre 28 euros en Espagne, 15 euros en Roumanie ou 30 euros aux États-Unis. Troisièmement, la flambée des prix de l’énergie, exacerbée par la guerre en Ukraine, a fragilisé les entreprises. Le kilowatt-heure coûte 53 euros en Europe, contre seulement 10 euros aux États-Unis.
Dépendance aux marchés extérieurs et concurrence accrue
L’Allemagne souffre également d’une dépendance accrue à des marchés extérieurs moins favorables. Les États-Unis, son premier client, menacent d’imposer des droits de douane élevés sur les automobiles allemandes en cas de retour de Donald Trump au pouvoir. Par ailleurs, la Chine, son deuxième client, est devenu un concurrent redoutable dans des secteurs clés comme l’automobile, les biens d’équipement industriels, la chimie et la pharmacie.
Bureaucratie, vieillissement et infrastructures obsolètes
D’autres facteurs aggravants viennent s’ajouter à ce tableau déjà sombre. Une bureaucratie pesante suscite la colère du patronat, tandis que le vieillissement démographique s’accélère, réduisant la main-d’œuvre disponible. Enfin, les infrastructures, notamment dans les transports et l’électricité, sont jugées obsolètes. Conséquence directe : deux tiers des entreprises interrogées par le cabinet Deloitte envisagent de délocaliser une partie de leur production.
Les pistes pour relancer la compétitivité
Face à cette situation critique, l’Allemagne doit agir rapidement. Parmi les solutions envisagées, l’application des recommandations du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité pourrait offrir une feuille de route. Berlin devrait notamment investir massivement dans la transition énergétique et la numérisation des secteurs où l’économie allemande conserve des avantages comparatifs, comme l’industrie pharmaceutique. En parallèle, un effort considérable doit être fait dans l’éducation. Si le niveau de compétence de la main-d’œuvre industrielle reste élevé, le dernier rapport Pisa révèle des lacunes préoccupantes chez les élèves, similaires à celles qui freinent la France.
En somme, l’Allemagne se trouve à un tournant. Pour retrouver sa compétitivité, elle doit moderniser son modèle économique en s’attaquant aux défis technologiques, énergétiques et éducatifs, tout en réduisant sa dépendance aux marchés extérieurs. Le temps presse, et les choix d’aujourd’hui détermineront la place de l’Allemagne dans l’économie mondiale de demain.